• "Allez au diable!" - Lettre à ma fille

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    'Mon corps m'appartient'... petite phrase courte, répétée maintes fois, entendue dans toutes les langues, écrite, chantée, clamée, scandée. Dans la presse, dans la rue...  Et pourtant...

    Ma fille, je te regarde grandir, prendre ton envol, j'entends tes interventions, tes exclamations  de jeune femme affirmée. Durant 20 années, tu as été baignée dans un féminisme décomplexé, la tolérance du genre, On parle de corps, de sexualité, de nudité, de jouissance. Liberté de pensée, libre arbitre, égalité, complémentarité, altérité, ses quelques mots dansent depuis toujours dans notre maison. Loin du féminisme radical , tu as évolué, entourée d'une maman quelque peu libertaire, d'un papa féministe avec des amis qui le sont tout autant,  ce qui te permet aujourd'hui, d'affirmer sans rougir cette assertion  'mon corps m'appartient'. Tu te proclames féministe sans sourciller. 

    Je t'écoute, sourire aux lèvres mais le cœur pincé. 

    Ces 4 mots assemblés évoluent avec le temps,  leur signification découle de la relation entre le praxis et les processus socio-historiques objectifs dont elle fait partie. Si tu portes aisément ce micro short sur la plage cet été, c'est que d'autres se sont vues critiquer le leur quelques années plus tôt. Quand je te parle d'historicisme , tu me lâches une phrase qui me laisse pantoise. 

    'Le temps est intemporel'... silence de ma part... réflexion... oui, c'est une conception qui peut trouver sa source chez Einstein, qui bien loin de la pensée mathématique du temps par Newton, nos horloges ordinaires ne mesurent jamais des phénomènes indépendants de l'univers. En fait, elles ne mesurent pas le temps du tout. Ce temps pourrait ne pas exister au niveau le plus fondamental de la réalité physique. Les physiciens quantiques s'amusent de nous. :-)

    Alors, l'intemporalité du féminisme est certainement sa plus grande fragilité. Il persiste et signe. 'Ses combats' ne sont pas gagnés. 

    Gagnés contre qui, contre quoi? Le seront-ils un jour? Ce combat n'est il pas celui des femmes contre d'autres femmes? La religion a-t-elle le droit de s'approprier le corps féminin? Toutes ces questions, de nombreux hommes et femmes les posent depuis longtemps. Les réponses fusent, s'entrechoquent. 

    Féminisme, que dit le dico? "Le féminisme est un ensemble de mouvements et d'idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l'égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes". Définition approuvée par Wikipedia... alors... 

    Mais c'est Hubertine Auclert (1848-1914) qui lui donne le sens de défense des droits des femmes.

    Comment ne pas adhérer à cette définition. Quel être humain, équipé d'un dispositif neuronal adéquat, peut s'offusquer de cela? 

    Tu me regardes, interrogative... "et toi, tu ne l'es pas complètement?"

    Oui, je le suis. Je crois pouvoir affirmer que je suis une féministe. Pas radicalement car j'aime plaire, séduire, être une femme avec ses différences. Je tiens à ces différences. Et si ces différences me font perdre un 100m dos crawlé face à un homme, tant pis. Je n'en fais pas une maladie. Je ne me sens pas inférieure à lui. (Mina me rappelle que tout le monde me bat au dos crawlé, elle n'a pas tort...mais c'est pas le sujet). Ma grand-mère me rappelait qu'elle était chanceuse de vivre à une époque où les hommes galants lui ouvrent la portière, se découvrent la tête pour la saluer, lui portent son filet de commissions pour la soulager du poids. Moi, aussi, j'aime ses petites attentions protectrices. Et en même temps, je dispose de cette faculté qui s'appelle l'assertivité. C'est un luxe appréciable. Je peux dire non, je peux dire oui, je peux verbaliser si j'aime ou non. Cela me fait penser à un post récemment lu, un article citant Virginie Despentes et un test sur les yaourts salés.

    http://m.nouvelobs.com/societe/20170712.OBS2015/on-a-retrouve-l-etude-citee-par-despentes-sur-les-filles-les-garcons-et-les-yaourts-sales.html?xtref=http%3A%2F%2Fm.facebook.com#http://m.facebook.co

    Ben oui Virginie, c'est à nous, mamans, de rappeler à nos filles que si le goût ne plaît pas, on recrache. C'est simple... Pour moi, aussi, tout est dit.

    Et être un homme au  21eme siècle n'est pas plus aisé. On les éduque en leur rappelant qu'ils ne peuvent pas frapper un fille, ni la faire pleurer et dès l'âge de l'adolescence, il se voit confronter à des filles qui se permettent de frapper et de leur faire de la peine tout en réclamant l'égalité. Ils doivent être viril sans être macho, séduisant mais pas séducteur, fort mais doux, comprendre nos silences mais répondre à toutes nos questions, régler l'addition au restaurant mais on ne veut pas se laisser entretenir... Chapeau bas,les gars!  Là, je viens de perdre mes dernières copines ultraféministes. Mais j'assume... 

    Et oui, Mina, ton corps t'appartient. Oui et non. Il est tien, si tu acceptes l'idée que ton corps est dissocié de ton esprit. Il nous faut distinguer le corps (instance d'exécution) de l'esprit (instance de décision) ou de la conscience... Point de départ du dualisme. Adepte, ma fille?

    Or, peut-on affirmer que nous maîtrisons notre corps? Les pulsations cardiaques qui augmentent en présence de l'être aimé, la moiteur palmaire lors d'un entretien d'embauche, la maladie cancéreuse qui s'installe dans l'organisme... Perso, il ne m'obéit pas toujours. Les larmes me coulent quand je voudrais avoir les yeux secs, mes lèvres tremblent alors que je voudrais afficher un sourire franc et puissant. Mon esprit le perturbe, mon corps embrouille mon esprit. Là, je te sens dubitative... je te regarde à nouveau, nous savons, toi et moi, que nous avons le droit, d'enfiler ou d'ôter le haut de notre bikini. Car tout est parti de cette question fondamentale. wink

    Ton corps est à la fois cette enveloppe organique et cette image identitaire. Lequel de ces deux concepts t'appartient? Il  serait peut être plus juste de revendiquer que nous sommes notre corps. Non? Je m'explique...

    Si je suis ce corps, personne ne peut plus se l'approprier. Pas de distanciation possible. Je suis ce corps, je suis lui, il est moi. Nous formons un. Tu me rappelles que tu as une seconde session en philo! Je comprends le message. Passons... ça m'arrange aussi. 

    Et puis arrive, le sujet tant attendu... la religion qui vient s'immiscer dans notre libre volonté identitaire. Elle alimente l'actualité, port du voile, avortement, pilule abortive, libération sexuelle, seins nus opposés au burkini, mariage pour tous,...L'intolérance des islamistes arrive en tête de notre Top Ten des ignominies ... l'intolérance religieuse, rien ne change depuis Voltaire et son Traité sur la tolérance en 1763. On a changé le nom du prophète, quelques aménagements, ça et là, et le revoilà au goût du jour. Parmi les meilleures ventes en librairie en 2015. 

    On partage nos points de vue convergents, nos vidéos chocs ou les mouvements organisés à travers le monde. Tu me racontes ceci : 

    http://m.huffingtonpost.fr/2017/01/21/la-marche-des-femmes-contre-donald-trump-a-washington-en-passe_a_21659844/ 

    On en discute, on est d'accord. 

    Et moi, je te montre cette vidéo, 

    https://www.facebook.com/franceinfovideo/videos/1889089831340655/

    Le short, tu le portes déjà. Je veux bien les soutenir mais le microshort me boudine les cuisses. On rit. (Private joke sur les Gilmore Girls) 

    Tu ne me trouves pas assez catégorique sur le port du voile, tu as raison mais tu reconnais aussi, avoir une amie qui le porte par conviction et bien intégrée par ailleurs.  On réfléchit, on penche la tête, on n'a pas la solution. C'est compliqué aussi d'être une femme de gauche, européenne, agnostique. Je t'avoue douter souvent, je crains de ne pas être assez tolérante ou d'être trop laxiste. Dilemme. Je ne règlerai pas cette problématique ambivalente cet après-midi, c'est certain. 

    Migraine naissante... après un tel tour de manège. A-t-on avancé dans  notre réflexion du jour? 

    Ce remue-méninge permet une fois de plus un petit débat, de citer des grands noms, d'oser affirmer que nous avons la chance de vivre au milieu de personnes instruites et tolérantes, de te voir t'emballer sur des commentaires sexistes, d'argumenter... 

    Et pour moi, tout simplement de me conforter définitivement dans l'idée que cette trace de bikini ne sera pas esthétique au niveau du décolleté qu'il faut agir instamment. Je m'allonge moins vêtue.  Je tourne les yeux vers toi, tu portes fièrement ton deux pièces, tu me souris d'un air malicieux.

    Ok, tu m'as convaincue. Mon corps m'appartient. ;-)

     

    NB: Plus tard... après une longue période de réflexion seule sur la serviette de bain. Je pense à "L'éternel féminin", chanson de Juliette Noureddine. J'aime son texte. Tu le connais, je te bassine les oreilles depuis plusieurs années. 

    Mais je savoure ce texte, je lui trouve ce petit côté 'lazzi' du théâtre all'improviso, de la commedia dell'arte. J'imagine, une femme à la poitrine opulente (à la Fellini), étendue lascive... habillée de dentelles noires ou de cuir.

    Et si, comme le prétend l'artiste, la femme est le diable alors... je vous le souhaite, sourire aux lèvres, un peu taquine..."Allez tous au diable"!

     

    "Dans mon sous-sol crasseux où brûlent mes fourneaux, 
    Où les âmes damnées grillent de bas en haut, 
    Regardez qui est là, qui attise les flammes?
    Régnant sur les Enfers, le Diable est une femme!

    Rien d'étonnant n'est-ce pas? Des brunes jusqu'aux blondes
    Par elles sont advenus tous les malheurs du monde!
    Le Diable est une femme et vous, vous en doutiez:
    La place d'une femme n'est-elle pas au foyer?

    Sur mon lit calciné
    Lascive et si cruelle
    Comment pour m'invoquer
    Faut-il que l'on m'appelle?
    Mes diables et mes hommes
    Et Dieu même en personne
    Tout simplement me nomment:
    «Patronne»

    Depuis tant de prophètes, de savants vertueux
    L'équation est logique, c'est la preuve par deux!
    On l'a tant proclamé sur un ton formidable:
    Le Diable est une femme, les femmes c'est le Diable!

    Et qu'elles soient victimes ou qu'elles soient complices
    De leurs mâles et fils et de leurs maléfices, 
    Frappez donc les premiers, talibans ordinaires, 
    Ces démons adorés car il faut les faire taire!

    Sur mon lit calciné
    Lascive et si cruelle
    Messieurs, venez m'aider
    À ôter mes dentelles
    Dans vos brûlants émois
    Ainsi que je l'ordonne
    Allez, appelez-moi:
    «Patronne»

    Quel que soit le brigand, il y a la corruptrice
    Consciente du pouvoir qui dort entre ses cuisses
    Qui susurre les ordres et les avis funestes?
    Vous, mes sœoeurs, les salopes, les putains et les pestes!

    Derrière chaque type sans foi, ni loi ni âme
    Si vous cherchez le Diable, vous trouverez la Femme
    La gueuse, la traîtresse, la garce, la sorcière
    La fille de Borgia et la maman d'Hitler...

    Sur mon lit calciné
    Lascive et si cruelle
    Je vous attends, venez
    Mes belles demoiselles!
    Que votre dernier mot
    Que la vie abandonne
    Soit dans un soubresaut:
    «Patronne»

    En attendant, je compte vos crimes et vos bassesses
    Tous vos pieux mensonges et vos histoires de fesses
    J'encourage le vice, je provoque des guerres
    Je dirige le monde et Dieu me laisse faire!

    Parce que Dieu se fout bien de vos petits tourments
    Avec ses anges blancs dans son blanc firmament
    Dieu est tellement belle, c'est une femme généreuse!
    Mais ne vous y fiez pas, ça n'est qu'une allumeuse!

    Sur mon lit calciné
    Lascive et si cruelle
    Pour fêter vos péchés
    Je réponds à l'appel!

    Et pour me faire venir
    D'une voix qui frissonne
    Il suffit de redire:
    «Patronne»"

     

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