Blessures anodines

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Ce texte n'est pas autobiographique mais inspiré de cette période aux mélanges contrastés de douce mélancolie due aux amours mortes et d'effervescence amoureuse des couples enlacés. Aimez, aimez, aimez encore à en être dégoûté un jour, mais n'oubliez pas de vous aimer aussi. ;-) "Vous m'avez laissé des blessures au cœur. Elles n'ont pas été fatales, je vous rassure. Je respire encore et aussi souvent, je suis vivante. Ce pauvre organe égratigné s'en souviendra longtemps. Au début avec un pincement violent significatif qui rappelle cette douleur aiguë et lancinante telle une lame qui vous transperce doucement de part en part, et semble sans fin pour céder bien plus tard la place à une espèce de souvenir impalpable, une nébuleuse réminiscence. On sait qu'on a eu mal, on a même cru en mourir. Et puis non, elle s'estompe, s'embourgeoise, s'installe discrètement au plus profond de votre thorax. Elle s'endort, se fait oublier. Le temps qu'elle décidera de se taire va dépendre d'un musée visité, d'une odeur familière croisée, d'une rue traversée, ou de quelques notes de musique perdues en sourdine chez votre dentiste, d'un parfum qui vous rappelle sa peau. Cette petite blessure anodine qui vous rend plus fragile mais plus belle encore. Plus vraie car plus sensible. Même si vous vous barricadez derrière les murs les plus épais, montez au sommet des tours les plus hautes, descendez dans les tréfonds des abysses les plus obscures, ce cœur encore malmené aux cicatrices les plus profondes vous rappelle qu'il est malgré tout bon d'aimer. Ces hématomes amoureux nous enseignent la dangerosité d'aimer mais aussi son éternel et savoureux délice de se frotter à un autre cœur. On ne peut dire si on cherche à étouffer son souffle fétide qui nous blesse à nouveau, nous emmène vers des souvenirs de larmes ou si on veut la faire taire car telle une sirène, cette petite plaie pas encore cicatrisée vient nous chanter ce que nous essayons d'oublier, cette musique avec ses couplets familiers de romance et son refrain envoûtant. Et oui, je ne peux faire la liste des choses de toi qui vont me manquer, de ton parfum sur ma veste, au grain de ta peau sous mes doigts, à tes yeux qui se posaient sur moi. Mais malgré le goût du sang encore en bouche, le cœur encore endolori, l'esprit tourmenté... je sais, je sais que je vais encore aimer." ML

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